2050 : une personne sur 2 atteinte de myopie

Le D’ Sayeh Pourjavan a été consultée en tant qu’expert dans cet article du journal Le Soir consacré à l’explosion des cas de myopie.

Un étudiant sur deux sera myope

À l’horizon 2050, notre planète devrait compter près de 6 milliards de myopes, soit une personne sur deux. En moins de deux générations, le nombre de  nouveaux cas a doublé. Surtout chez les plus studieux.

C’est une épidémie sans précédent qui s’abat sur le monde. Pas de virus zombifiant, ni de bactérie tue-l’amour, mais un grand flou… Voilà quatre ans, une étude révélait qu’au sortir de rhéto, 80 à 90 % des jeunes asiatiques sont myopes. En réalité, la planète entière voit flou. Aux États-Unis, on est passé, en quarante ans, de 25 à 40 % de myopes. Et ce mal ne fait qu’empirer.
L’an dernier, une recherche britannique tirait déjà la sonnette d’alarme : passé la trentaine, un Européen sur trois est myope. La proportion est presque doublée pour les 25-29 ans, puisqu’ils sont 47 % à avoir des difficultés à voir net de loin. Soit deux fois plus qu’il y a 40 ans. Au détour de cette enquête, les chercheurs du King’s College London ont observé un lien fort entre le niveau d’études et la myopie. Ainsi, les individus ayant fini leurs études présentent des niveaux de myopie deux fois plus élevés. « De longues heures consacrées aux études et au travail sur ordinateur, combinées à moins d’activités en extérieur peuvent expliquer la corrélation entre le niveau d’instruction et la myopie », avancent les chercheurs.
Typiquement, l’étudiant concentré sur sa feuille ne parvient plus à ajuster sa vue sur l’écran de l’amphithéâtre. « La vision de près rend myope. De nombreux étudiants en classes préparatoires deviennent myopes », ajoute Sayeh Pourjavan, ophtalmologue belge et spécialiste internationale du glaucome. « Or il n’y a pas qu’à Singapour, en Corée ou à Taïwan que les jeunes sont soumis à une forte pression scolaire. On parle d’épidémie, parce que partout nous sommes poussés à être plus compétitifs, à étudier plus longuement. Et donc à augmenter les risques de myopie », souligne Sayeh Pourjavan. Sans mesures préventives, ce mal ne fait qu’empirer.
Las ! Une nouvelle étude publiée par la revue scientifique Ophthalmology, vient enfoncer le clou : d’ici 2050, la moitié de la population mondiale sera myope. Les chercheurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, et de l’Institut d’ophtalmologie de Singapour ont évalué la progression de la myopie à l’appui de 145 études réalisées sur plus de 2 millions de personnes. Selon leurs estimations, 56 % des Européens seront concernés par cette maladie de la vue. Pire : 938 millions de personnes seront atteintes d’une myopie sévère, sans doute irréversible.
Une épidémie mondiale de myopie est-elle en train de se développer ? « C’est un problème de santé majeur, parce que si les « petites myopies », dues à la fatigue oculaire, se corrigent très bien, l’augmentation massive des « myopies sévères » est plus préoccupante », explique Sayeh Pourjavan. Passé le seuil de -8 de dioptrie, la myopie atteint la structure même de l’œil, qui devient « trop long ». Dans ce cas, on n’a plus affaire à un œil fatigué, mais à un œil déformé. Presque impossible à corriger par les médecins. « Or les myopies sévères fragilisent tellement l’œil, qu’elles augmentent le risque de décollement de la rétine, de glaucome ou de cataracte précoce », insiste Sayeh Pourjavan. À ce titre, l’étude australienne est glaçante : le nombre de personnes qui risquent de perdre la vue sera multiplié par sept entre 2000 et 2050, la myopie devenant la principale cause de cécité.

Manque de lumière naturelle

Comment expliquer ce phénomène ? Depuis toujours, les soupçons pèsent sur l’hérédité. Le risque de myopie est doublé quand un parent est atteint et triplé si les deux le sont. Mais notre patrimoine génétique n’a pas fondamentalement changé en 50 ans, pour expliquer à lui seul une telle explosion. Désormais, les médecins s’accordent sur un élément déclencheur davantage lié à notre style de vie : « Ce qui favorise la myopie, ce sont toutes les activités qui sollicitent la vision de près, sous lumière artificielle. Comme la lecture, tranche Sayeh Pourjavan. On constate, par exemple, que les enfants qui passent plus de temps à lire à l’intérieur, deviennent plus souvent myopes que ceux qui ont des activités en plein air. »
Et s’ils irritent les yeux, et donnent des maux de tête, les écrans ne seraient qu’une cause indirecte : utilisés dans l’obscurité ou placés à quelques centimètres de l’œil, ils détournent surtout notre regard de la lumière naturelle. « À force de passer de l’écran aux livres, ou du cahier au tableau, on effectue constamment des mises au point. Notre système visuel doit faire un effort pour s’adapter à la lumière artificielle, explique l’ophtalmologue. Alors qu’au contraire, en extérieur, il n’est pas nécessaire de corriger en permanence, ce qui est beaucoup plus reposant. » La lumière naturelle, quant à elle, agit comme un baume protecteur. D’une part, sous les rayons du soleil, notre rétine libère de la dopamine, un neurotransmetteur qui limite la croissance de l’œil. D’autre part, les activités extérieures, où domine le regard à distance, demandent beaucoup moins d’efforts d’accommodation.
Dorian Peck

Un œil trop long

La myopie se caractérise par l’allongement de l’œil, qui prend la forme d’une olive. Autrement dit, la rétine est située trop loin de la cornée, ce qui provoque une vision trouble de loin. La myopie se développe généralement au cours de l’enfance et se stabilise vers 25 ans. Toutefois, il existe aussi d’autres causes de myopie chez l’adulte, comme une augmentation subite de puissance de la lentille cristallinienne (en cas de diabète débutant) ou l’apparition d’une anomalie de forme de la cornée (le kératocône). Il existe trois niveaux de myopie : une « petite » ou faible myopie de 0 à -2 dioptries ; une myopie « moyenne » entre -2 et -6 dioptries ; et une myopie « sévère » de -6 à -20 dioptries. La dioptrie est l’unité caractérisant la valeur du trouble visuel.

5 bons réflexes devant l’écran d’ordinateur

1.Conserver une distance d’au moins 50  cm face à l’écran.

2.Le haut de l’écran doit être au même niveau que celui des yeux. En cas de port de verres progressifs ou de lentilles, l’écran doit être installé plus bas.

3.Éviter les éblouissements et les contrastes importants. Pour cela, aucune lumière, naturelle ou artificielle, ne doit venir se refléter sur l’écran d’ordinateur. De la même manière, il est conseillé de ne pas positionner l’écran face à la fenêtre.

4.Observer des pauses régulières, idéalement toutes les 20 minutes, en veillant à « porter son regard au loin ».

5.Le travail sur écran diminue l’amplitude et la fréquence du clignement, une des  causes du syndrome de l’œil sec. Penser, de  temps en temps, à « faire de l’œil » à sa(son) voisin(e).

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